Jubilé
Pour ce 100e post, il fallait que mon thème du jour ne soit ni bizuté par les téléphones incessants des journalistes, ni par la préparation de présentations diverses. Je suis donc partie pour les hautes contrées afin de faire table rase. J'ai chaussé mes godillots pour chevaucher les cimes au delà de la limite des conifères. Voici, en quelques mots, ma balade:
Dans un premier temps, la balade est tranquille et basée sur l'observation de la faune et de la géologie du terrain. Marmottes et choucas m'accompagnent de leurs sifflements dans mon voyage. Le bruit de mes pas est sourd sur le terrain imbibé d'eau. L'eau ravine les parois alentours et charrie les eaux grises des glaciers.
Puis, la pente s'incline et je commence l'ascension. Ma concentration se tourne vers mon rythme interne. Des panneaux incitent d'ailleurs le randonneur à monter à son rythme sans forcer. Je quitte les alpages, l'herbe se fait rare. Le rocher qui s'effrite roule sous mes semelles. Cà et là, des plaques de neige. Tout est gris. Dans ce monde minéral, il n'y a plus aucun signe de vie à part quelques lichens et fleurs épars. Ma respiration est régulière, même au bout de quelques heures. La croix, là-bas devant moi, indique que je suis bientôt arrivée et bientôt apparaît la cabane. Pas de douche disponible, pas de chasse d'eau aux toilettes. Un bon repas, un lit, le strict minimum.
Le lendemain, je me lève tôt pour voir le soleil se lever sur les cimes. Tout est rose. Tout est silence. Pour rejoindre la civilisation, il faut que je redescende de mon perchoir. Encore dans l'ombre, au pied de la cabane, je regarde le glacier sur lequel je dois passer. La traversée de la morraine s'avère impressionnante. Plus loin, je suis méticuleusement le balisage sur le glacier. Le passage du pierrier me demande le plus d'effort, les pierres bougent, les bâtons sont inutilisables et je perds facilement l'équilibre. Une fois, le col atteint, j'entame la descente. Mes genoux implorent ma pitié, mais il faut bien que je redescende. L'alpage fleure bon et la journée est douce. Le paysage est magnifique, je passe devant deux autres glaciers. Je n'imaginais pas que la Suisse était si riche en glaciers. Premières vaches, premières voitures, je m'approche de la civilisation, mais le village est encore à une heure de marche. J'aperçois encore quelques marmottes. Aux premiers arbres, je discerne les premières maisons. Les genoux me font mal, je m'appuie de plus en plus sur mes bâtons pour alléger la charge. Mais la balade en valait la peine.
Et je résumerai ces journées et ce que j'ai ressenti par ces mots:
"L'homme qui a le plus vécu n'est pas celui qui a compté le plus d'années,
mais celui qui a le plus senti la vie " J.-J. Rousseau
-
03 Septembre 2007 à 19:59 dans
- Général

