J'aime glisser dans l'eau, me laisser porter. J'aime les fonds marins, les gorgones jaunes et rouges, les falaises regorgeant de murènes, congres, langoustes, pieuvres. J'aime ces quelque minutes d'éternité quand je retrouve face à un gros mérou ou un poisson-lune.
Autre temps, autre lieu, au bord d'une rivière, à un endroit où elle semble tranquille et forme des petits bassins dans les rochers. Il y a cet enfant qui joue tranquillement à côté. Soudain, il glisse et disparaît dans un de ces bassins. Une fraction de secondes plus tard, je cours dans cette direction. Des pensées se bousculent dans ma tête, alors que je ne le vois pas réapparaître. "Non pas ça!", "pourquoi ne remonte-t-il pas?"... Je saute à l'endroit où je l'ai vu disparaître, je passe entièrement dans le trou - finalement le petit bassin est plus profond que je ne le pensais - je vois des bulles partout. Dans cette eau bouillonnante, je le ne vois pas. Je plonge le bras en direction des bulles, je le saisis - depuis combien de temps, n'a-t-il pas respiré? - et je le remonte en dessus de ma tête pour lui permettre de respirer. Je regarde vers le haut, au bout de mon bras, il n'est toujours pas à la surface. C'est à ce moment-là que je réalise accessoirement que je suis toujours sous l'eau, que le courant me tire vers le fond, que mes chaussures de marche sont lourdes. Je donne un grand coup de jambes et je remonte à la surface....
Autre temps, autre lieu.... devant mon masque, pleins de bulles. J'ai perdu mon détendeur et il est parti en débit continu. Mon binôme essaie de bloquer ce débit, il essaie de me faire respirer sur le détendeur, mais je n'arrive pas. Dans cette myriade de bulles, je ne sais plus où est mon deuxième détendeur. Il essaie de me donner son deuxième détendeur, mais je le prends à l'envers et je bois la tasse. Depuis combien de temps est-ce que je ne respire plus? Quelques secondes à peine, mais j'ai l'impression que c'est une éternité. Je suis là en train d'étouffer alors que quelques mètres plus haut, il y a de l'air à profusion. Je ne veux pas mourir comme ça, je ne veux pas mourir du tout d'ailleurs. Je me débats et je veux remonter, mais mon binôme me retient, il veut éviter l'accident de décompression. Je me débats encore et je donne un grand coup de palmes. Le seul réflexe intelligent que j'ai eu, c'est d'expirer en remontant. Arrivée à la surface, je happe l'air mais je n'arrive pas à respirer, il faut d'abord que j'expire, au lieu de vouloir à tout prix remplir mes poumons. Hyperventilation! J'ai les bronches qui sifflent, l'effort est trop grand. Nuit d'observation à l'hôpital, gazométries, tests neuros toute la nuit. Je suis dangereuse et j'ai mis la vie de quelqu'un d'autre en danger! Ma décision est prise.
J'aime l'eau, j'aime aller observer les fonds marins à la palme et au tuba, j'aime toujours aller observer les merveilles sous l'eau.